mercredi 28 avril 2010

Une semaine

Cela fait une semaine qu'il nous a quitté. C'est le soir que l'angoisse me prend. Hier, je me passais en boucle "Mon vieux" de Daniel Guichard, j'ai versé toutes les larmes de mon corps; Ce soir, j'évite de mettre la chanson.

Pour tout dire, aujourd'hui je pense surtout à ma mère, je me demande comment elle va s'en sortir. Elle n'a jamais été seule, elle a besoin d'avoir quelqu'un pour faire ses monologues interminables. Parler est vital pour ma mère, c'est son oxygéne. c'est pire qu'un moulin à parole, elle ne s'arréte que pour dormir; la soltitude l'angoissait, elle va s'y trouver confrontée.

Et moi, j'suis censé faire quoi? Veiller sur elle, ok mais ça signifie quoi précisement. Je lui accordais déjà deux soirs par semaines lorsque mon père était malade; Mais maintenant qu'il n'est plus là, qu'elle n'a donc plus rien à faire de ses journées, cela ne sera pas suffisant. Mais je ne peux pas lui consacrer plus, ou alors je renonce à vivre.

Voila deux jours que je suis remonté à Paris, après avoir enterré mon père en Lozère. Tout dans cet appartement me rappelle mon père: ses médicaments, ses papiers, ses bouquins, ses sudokus,... Je n'ose imaginer ce que va vivre ma mère.

Se retrouver seule dans un fauteuil, face à une télé. A qui parlera-t-elle? Alors j'angoisse; je ne me sens pas capable de l'aider, je ne me sens pas capable de me prendre son mal être en pleine gueule. Je me sens impuissant.

Demain, retour au boulot...enfin normalement. Ca non plus, je m'en sens plus capable

J-ai besoin d'une raison de continuer de me battre.

A ceux qui sont morts (mon père, Killian, mon chat tetsuo) A ceux dont je n'ai plus de nouvelles (Apo, Doug, Kura, scarla)

Trop de blessures i'm fed up



dimanche 25 avril 2010

Resumé de deux morts

Mercredi 21 avril 2010

Je me léve difficilement. Pourtant, j'avais réussi à obtenir deux jours de repos.
Sorti de la douche, je découvre que ma mère a tenté de m'appeler à 7h15. Ce n'est pas habituel.
Quelques minutes après, elle rappelle. Je décroche.
-Oui allo thierry? C'est maman.
- Oui
- Tu te doutes de pourquoi je t'appelle?
- Vas y, dis le. (les mots ont du mal à sortir de ma bouche)
- Ca y est, Papa est monté au ciel.
Ma gorge se noue encore un peu plus et j'ai un mal fou à lui répondre "J'arrive".

Pendant le trajet vers le domicile de mes parents, je pleure. Je me demande ce que peuvent bien penser les voyageurs.
Arrivé chez mes parents, je découvre qu'il ya déjà ma soeur qui avait passé la nuit avec ma mère, mon oncle et ma tante.

J'appelle mon boulot pour leur dire que je serai absent. Et puis on se rend à la chambre mortuaire.
On nous fait patienter le temps d'aller chercher le brancard sur lequel le corps de mon père a été déposé.

Puis on nous invite à pénétrer dans la chambre. J'y vais en marchant de travers comme un crabe. Je ne le regarde pas, je fixe le mur qui me fait fasse. Petit à petit, je jette furtivement des coups d'oeil rapide en direction de son visage. Après plusieurs minutes, je finis par poser mon regard sur son visage.

Ses cheveux ont légérement repoussé, ils les avaient totalement perdu avec la chimio. Il en va de même pour ses sourcilles et une barbe de quelques jours est apparue sur ses joues. Il a l'air apaisé et serein.

Je sors mon chapelet et prie.
Face à moi, il y a ma mère, elle ne cesse de caresser le visage de mon père et de le couvrir de baisers. Elle lui glisse quelques mots doux au creu de son oreille.
On fait le tour des bureaux pour retirer tous les documents nécessaires puis direction la mairie pour faire apposer la mention du décés sur le livret de famille.


Commence alors une tournée des différents magasins mortuaires pour préparer son enterrement. Du fait de la crise des vocations, le curé n'est libre que le vendredi à 15h30.
A la première boutique, on nous répond que faire 550 kilométres et arrivé à 15h30 vendredi sera très difficile mais qu'ils vont se renseigner.
En attendant leur réponse, on va voir un second magasin. L'accueil est froid, limite on nous rit au nez quand on leur demande si c'est possible de transporter le corps vendredi pour 15h30 et on cherche à nous imposer des choses qu'on ne veut pas. Je dis à ma mère qu'il vaut mieux sortir. La commerciale me demande pourquoi, je lui réponds que je la trouve méprisante et l'informe que ses concurrents tentent, eux de faire l'impossible. La commerciale nous dit alors: "oui bien sûr, ils vous disent ça mais c'est comme ça que dernièrement, ils ont eu un accident sur l'autoroute et que le cercueil a pris feu".
Je venais de perdre mon père et cette conne nous balance ça. Je lui dis que la justice sera contente d'apprendre les méthodes que cette société emploie pour discréditer leur concurrent. Là, le second employé, 50 ans gros ventre, palant très mal le français, bondit de son bureau alors que nous allions franchir la porte.
-Quoi la justice? Cassez vous sinon je vous frappe
Je me retourne -Vous me menacez?
Il vocifére des choses inaudibles. A peine dehors, il me lance "Casse toi pauvre connard".

Donc si vous voulez être aussi mal reçu, n'hésitez pas à aller chez:
EFG Entreprise Funéraire Générale
Services Funéraires SARL
18 rue Belgrand
75020 PARIS

Finalement, nous décidons de retarder l'enterrement jusqu'à lundi.

Jeudi 22 avril

Je me léve pour aller au travail. Je me dirige vers le bureau de ma chef, incapable de dire un seul mot, je lui tends le certificat de décés.
- et c'était qui pour vous?
' Mon père.

Elle me dit de retourner chez moi, que'elle s'était renseigné, que j'avais droit à des jours de vacances.

Je repars chez moi.

Vendredi 23 avril

On fait le tour des boutiques pour trouver une plaque. Résultat: rien ne nous plait.

Samedi 24 avril Aujourd'hui, ma soeur ne passe pas. heureusement, mon oncle et ma tante nous accompagnent pour revoir mon père. ils l'ont habillé avec son costume.
Ma mère demande à ce qu'on lui joigne ses mains.

Je demande à rester quelques secondes avec lui, seul. Je me penche vers lui.
- Adieu Papa.

Dimanche 25 avril

Je retourne quelques heures chez moi. Ca me fait du bien. Ne pas avoir à supporter ma mère qui sans cesse parle de mon père.

Le retour est brutal, ma mère commence vraiment à craquer, elle parle seule, chiale, hurle. Je suis une nouvelle fois seul avec elle. Ma soeur est juste passé quelques instants dans l'aprés midi.

J'allume le pc pour voir si mon père avait laissé un message. mais je n'y trouve rien. Il y a juste ses fichiers word consacré aux personnages de la mythologie. Je l'ai toujours vu bosser sur ces fiches. Avant c'était sur des petites fiches. Là il avait tout refait sous document informatique. Je ne sais pas ce qu'il comptait en faire. Si son projet était de le faire publier un jour. Ca me fait mal de pas le savoir et qu'il ne soit pas allé jusqu'au bout.

Il y aussi des fichiers excel sur ses commandes de timbres. il s'était remis à la philatélie depuis sa pré retraite. Ma mère m'a dit qu'il y mettait des sommes importantes mais que c'était son seul plaisir.
Il y a aussi des fichiers sur les différents travaux pour notre maison de lozère. Bref pas grand chose. Je ne sais même pas ce que j'attendais vraiment.

Demain on part en lozère pour l'enterrer.
Benoit est censé m'y rejoindre. Malgré tout, je me sens seul, désespérement seul.

A quoi bon vivre?
Je suis censé reprendre le travail jeudi mais je n'en ai aucune envie, ni jeudi ni jamais.
Le programme devait être:
lundi, enterrement en lozère,
Mardi benoit et moi on va chez ses parents à Chatenoy
Mercredi Benoit, sa mère et moi on remonte à Paris
Jeudi, je rebosse

Mais, ce soir, Benoit m'annonce que ça le géne que j'aille chez lui
Je le comprends mais je ne sais pas si il a pris conscience de l'état dans lequel je suis.
So je prendrai le train à Belford mardi. J'aurai mercredi pour enfin craquer
Je ne pense pas retourner bosser jeudi.
Je vais surement démissionner, mon boulot ne me plaisait pas.
je n'ai plus la force de me battre, je suis épuisé.
Je ne veux pas vivre comme mon père: tout sacrifier pour son boulot pour se faire jeter comme un con et crever aussi vite.

Profiter encore un peu de la vie et mourir jeune.

This is our decision, to live fast and die young.

We've got the vision, now let's have some fun.

Yeah, it's overwhelming, but what else can we do.

Get jobs in offices, and wake up for the morning commute.



mercredi 21 avril 2010

C"est fait

Mon père est mort.



mardi 20 avril 2010

La mort

Je me demande si je ne vais pas renommer ce blog "rendez vous avec la mort".

Flashback, il ya 15 mois.

Je revenais de Dijon. Ma mère m'annonçe que mon père est malade, qu'il a un problème au coeur, qu'il faut l'opérer.

L'opération se déroule relativement bien même si il y a eu quelques complications par la suite. Après tout, ce n'est pas comme si c'était le premier homme qu'on opérait du coeur.

Rapidement (en gros quelques petites semaines après), on lui découvre un cancer des poumons. Gros charcutage, on lui en enléve un.

L'opération se déroule bien. Alors que certains médecins pensaient que vu son coeur, il ne survivrait pas à cette opération. yep c'est super encourageant un docteur (Métier de FILS DE PUTE).

Rapidement (c'est à direq uelques jours), on lui découvre une tumeur au cerveau et que le cancer s'est propagé.

Rayon, Chimio, etc pendant un an.

Pendant un an, mon père s'est montré fort, en tout cas devant moi.

J'ai essayé un temps de soutenir ma mère, en allant la voir après le boulot. Mais rapidement, j'étais à bout, nerveusement et physiquement, avec ces stages interminables.

Mon père est à l'hopital depuis 3 semaines mais apparemment, cette fois-ci c'est la bonne. Les infirmières ont dit à ma mère de prévenir ses proches. Ca veut tout dire. Si les médecins français sont d'énormes enfoirés, les infirmières ont plus de tact.

Voilà voilà, donc tu attends sagement qu'on t'appelle pour qu'on te dise que c'est fini.

J'ai jamais été proche de mon père. On a jamais eu de discussions, on a aucun point commun à part une partie de nos génes.

Je ne lui ai jamais rendu visite à l'hôpital.
Je n'aime pas les hôpitaux.
Et je me vois mal "salut ça va?" alors que...

Devant moi, pendant toute sa maladie, il s'est montré fort, disant que ça allait s'arranger, que ce n'était rien.
Ce n'est qu'à travers les dires de ma mère, que j'avais une idée de sa souffrance.

Quand il était encore à la maison, me disait-elle, il fallait absolument qu'elle s'endorme avec lui à 21 heures parceque sinon il se réveillait paniqué.
J'imagine qu'il avait alors peur d'être mort. Je ne sais pas.

Imaginez ce que c'est de se savoir codamné, de savoir qu'on va bientôt mourir et ne plus voir ses êtres chers.
Savoir qu'on ne verra jamais la fin de sa série préférée.
The End
Savoir qu'on ne touchera plus, qu'on n'entendra plus de musique, qu'on ne verra plus de films, qu'on ne baisera plus, qu'on ne vivra plus de moments joyeux, qu'on ne verra plus ses enfants, son compagnon, son petit fils, qu'on ne verra jamais ses enfants se marier, qu'on ne pourra plus rire, déconner, boire.

Comment ne pas péter un cable? Comment rester digne dans de telles circonstances?

Continuer à vivre ces derniers instants.
Manger ce repas en se demandant si ce sera le dernier ou pas
Je n'ai pas le courage de revoir mon père, je ne veux pas le voir allongé sur un lit d'hôpital.
Il serait surement heureux que je lui dise les trois mots mais j'en suis incapable.

Et après?
QUe va devenir la mère? Elle n'a rien, ni ami, ni argent. Elle habite un 4 pièces qu'elle ne pourra pas payer.
Et l'enterrement, qui va s'en occuper? Et où?

Demain je retourne bosser, l'iphone en évidence.

Mon père a bossé presque 40 ans pour une boite qui l'a viré ou "mis en pré-retraite", quelques mois après, son long calvaire commençeait.

C'est beau la vie quand même: tu bosses comme un malade et tu ne profites même pas de ta retraite.
FUCK THE SYSTEM



 

 

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Les textes sont © Scandy